Discour pronoce par Jean Minani le 21 octobre 1993

Au Burundi et au Rwanda ceux qui ont planifié le génocide contre les Tutsi savaient bien comment il fallait procéder après la mort des deux présidents. Les rôles étaient bien distribués. Dès la mort de Ndadaye les leaders extrémistes Hutu se sont bien partagés le rôle. Ils devaient mobiliser et encadrer les Hutu pour la campagne (Isekeza) d’extermination des Tutsi. Celui qui a parlé le premier à la radio Kigali le 21/10/1993 est Jean Minani. Son appel est bien clair, il appelait les Hutu à tuer les Tutsi. Son contenu est le suivant :

„Barundi, Barundikazi, Bavandimwe !Mwese muhejeje kwumva abafise amaradiyo kw’inkozi z’ikibi zihaye ubutegetsi zigakura abategetsi mwitoreye izuba riva. Ico batavuze n’uko umukuru w’igihugu canyu mwitoreye Nyakubahwa Melkiyori Ndadaye, ubu amakungu yose yamaze kumenya ko bamaze kumugandagura hamwe n’umukuru w’inama nshingamateka n’abandi bategetsi benshi. Aribo mwebwe mwari mwabitoreye izuba riva, nabo nyene. Abo bantu mwumva bafashe ubwo butegetsi si abashaka ineza yanyu, ni bamwe bamye imyaka yose bashaka gusesa amaraso, kandi batako bakayasesa bakiha inkumbi, amarira agakwira mu ngo, impfuvyi zikagwira mu Burundi kuva mu 65, 69, 78, 88, 91, mwese muravyibuka, none n’ubu nkuko bihaye umugani w’iceyi barasubiriye kubakora mu nda.

(Barundi, Barundikazi, chers frères !)

Vous tous qui avez les postes de radio, vous venez d’entendre que les criminels ont pris le pouvoir et ont chassé les dirigeants que vous vous étiez choisis. Ce qu’ils n’ont pas dit c’est que le Président de votre pays que vous avez vous-même élu S.E. Melchior Ndadaye, maintenant la communauté internationale est informée qu’ils l’ont déjà assassiné avec le Président de l’Assemblée Nationale et de beaucoup d’autres dirigeants. Eux que vous avez vous-mêmes aussi élus en plein jour. Ces gens que vous entendez, qui ont pris le pouvoir, ils ne veulent pas votre bien, ce sont ceux-là qui toutes les années ont souhaité verser le sang, et qui le versent en tuant des gens, et ainsi les pleurs remplissent les familles et les orphelins augmentent au Burundi depuis 65, 69, 78*, 88, 91. Vous vous rappelez tous de cela. Alors maintenant comme ils se sont donnés la mission de commettre le crime, ils viennent encore une fois de vous endeuiller).

Kw’izina rya Leta nserukiye nsavye ibi :

K’umurundi wese yohaguruka akiyamiriza izo nkozi z’ikibi. Nsavye umurundi wese aho uri wese waba Umututsi, waba Umuhutu, waba Umutwa, waba mu mugambwe uwo ariwe wose ko womenya ko iryo bara bakoze barikoreye wewe, bagukoze mu nda, ntibakoze mu nda abibarutse abo bantu. Babakoze mu nda mu kuguhekura abategetsi wari witoreye. Bagashaka k’ubomekereza ko abategetsi babomekerano ba mpemayuzuye mwabumvise murabazi mwari musanzwe mubazi kwariko bameze.

Tubasavye y’uko aho muri hose mwohagurukira rimwe mu GAHAGARARA BWUMA ntihagire uwubakuramwo n’umwe. Ntihagire uwuza gusomba nkuko babigize mu 65, 69, 72, 88, 91. Ntihagire umuntu n’umwe yaba umukozi wa leta, yaba uwukora utwiwe, yaba umurimyi canke umworozi yogenda kumviriza ico abo bantu boza kubabwira kandi bahejeje gusesa amaraso. Ivyo bobabwira vyose koba ari ukubahenda kandi na kare ntaco boshobora kubabwira kuko bari bakwiye guteterwa.

(Au nom de l’Etat que je représente je demande ceci :

A tout Murundi qu’il se lève et décrie ces criminels. Je prie à tout Murundi, partout où tu es, que tu sois Tutsi, que tu sois Hutu, que tu sois Twa, que tu sois dans n’importe quel parti que tu saches que ce crime qu’ils ont commis est commis contre toi, ils t’ont endeuillé, ils n’ont pas endeuillé les parents des victimes. Ils vous endeuillent en te prenant des dirigeants que tu avais élus. (C’est dit ainsi dans le texte). Ils veulent vous coller d’autres dirigeants, les ventriotes, vous les avez entendus, vous les connaissez, vous les connaissiez comme cela. Nous vous prions partout où vous êtes de vous lever comme un seul homme, comme du fer pour qu’ils ne prennent aucun de vous. Que personne ne vienne vous prendre comme ils l’ont fait en 65, 69, 72, 88, 91. Que personne qu’il soit un travailleur de l’Etat, qu’il soit privé, qu’il soit cultivateur aille écouter ce que ces gens vont venir vous dire alors qu’ils viennent de verser du sang. Tout ce qu’ils pourraient vous dire ça sera vous tromper et d’ailleurs ils ne méritent pas de vous dire quelque chose, ils devaient avoir honte).

Ica kane dusavye amakungu yose, incuti tubana hafi nabo tubana kure ko nabo nyene bohagurukira rimwe bakaja hamwe n’Abarundi bose bakiyamiriza abo bantu, gushika aho boteshwa bagata kugira ngo amaraso ntagume aseseka.

Tubasavye ko mwokomeza umutima wa Rugabo ntimugire ubwoba kuko uwinjiranywe n’ingwe ntaba akiyitinye. Nti : tugire amahoro : nti : tugire amahoro n’agateka kuri mwese, tugire amahoro na demokrasi mwitoreye, muyiryameko, muyirwanire, ntihagire abababesha, nimusinzire amahoro, mwirirwe ayandi.

(En quatrième lieu, nous prions toute la communauté internationale à tous nos amis proches et éloignés pour qu’ils se lèvent tous et s’associent avec tous les Barundi pour décrier ces gens, jusqu’à ce qu’ils se rendent et cessent de verser du sang. Nous vous prions de renforcer votre esprit d’homme combattant, n’ayez pas peur parce qu’on ne peut pas avoir du léopard qui est déjà dans la maison. Je dis : Ayons la paix ! Je dis : ayons la paix et la dignité pour tous. Ayons la paix et la démocratie que vous avez choisies. Couvez-la, battez-vous pour elle. Qu’on ne vienne pas vous tromper, dormez en paix, ayez la paix pendant la journée).

De cet appel, il y a des mots et des expressions qui ont une signification trop dangereuse pour une situation pareille. Au premier paragraphe J. Minani pointe du doigt sur ceux qui ont commis le crime : les Tutsi. J. Minani s’adressait aux Barundi, Barundikazi, Bavandimwe (ceux qui sortent du même ventre). Ne voulait-il pas parler des Bahutu par « Bavandimwe ». Par deux fois, il disait que le Président et ses collaborateurs assassinés avaient été élus par eux-mêmes, avec l’objectif de les révolter. Il sait de quoi il parle quand il dit : « ces gens… ceux-là qui toutes les années… depuis 65, 69, 78, 88, 91 ». Pour qui connaît le montage des extrémistes Hutu et les enseignements qu’ils propageaient, il est visible que J. Minani ne parlait pas du groupe de militaires qui avaient commis le crimes mais de tous les Tutsi. Il leur faisait un clin d’œil « vous vous rappelez de tout cela ». Il ne pouvait pas parler de militaires car les militaires de 1965 n’étaient plus en activité en 1993 et même ceux de 1965, 1969, 1972, 1988 qui avaient commis des crimes, ces derniers ne se transmettent pas par génération. Chacun est responsable de ses crimes.

Dans le 2e paragraphe il parle des victimes : les Hutu qui ont voté pour M. Ndadaye. Toujours  d’une manière indéfinie et en connaissance de cause il disait : « ils viennent encore une fois de vous endeuiller ». Il insistait pour que les Hutu soient poussés à tuer les Tutsi. « … Que tu saches que ce crime… est commis contre toi ». Il rappelait encore une fois ceux qui veulent le pouvoir toujours d’une manière imprécise mais en connaissance de cause : « vous les connaissez, vous les connaissiez comme cela ». Il sous-entendait, vous les connaissez, nous vous avons déjà dit de qui il s’agit.

Dans les troisième et quatrième paragraphes  J. Minani demande aux Hutu de tuer les Tutsi. IL disait : « Debout comme un seul homme, comme du fer ». Il continuait : « renforcez votre esprit d’homme combattant… N’ayez pas peur… le léopard est déjà dans la maison il faut se battre ».

Avec cet appel les Hutu se sont mis à massacrer les Tutsi dans les campagnes. Minani peut essayer de nier la vraie signification de ce qu’il a dit mais ce que les hutu ont compris, c’était que le temps de commencer le massacre et le génocide des Tutsi était arrivé. Nulle part dans son discours, J. Minani n’empêche pas les Hutu de tuer les  innocents tutsi qui n’avaient rien à voir avec la mort de Ndadaye. Ce que J. Minani n’avait pas précisé dans l’appel du 21 octobre 1993, il l’a fait dans le discours prononcé au mini sommet du 28 octobre 1993. 

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