Burundi: Quelle est la vérité sur les tueries de 1972? (Cinquième partie)

Michel MICOMBERO 1966-1976

Burundi: Quelle est la vérité sur les tueries de 1972? (Cinquième partie)
Nous avons déjà vu, avec des témoignages à l’appui, que ce qui s’est passé le 29 avril 1972 était un véritable génocide des tutsis qui avait été bien planifié par des hutus extrémistes. Il est regrettable que le pouvoir de Micombero ne soit pas capable de le prévenir car des informations avaient été données sur les préparatifs de ce génocide. Dire que le pouvoir était dérouté par les fameux problèmes régionaux, le retour de la monarchie et les coups d’Etat qui pouvaient en résulter ne peut en aucune façon être une excuse de ne pas mettre toute l’attention sur la sécurité de la population en danger de génocide. Nous avons aussi vu que le génocide n’a pas été exécuté comme planifié grâce à une erreur humaine. Le capitaine Marcien Burasekuye qui devrait faire démarrer l’opération à Bujumbura à 23 hoo, s’est endormi dans les bras d’une femme à Musaga et quand il s’est réveillé brusquement, il n’a pas consulté sa montre et croyant qu’ils étaient en retard, il a fait commencer les tueries avant l’heure convenue. Certaines sources disent qu’au moins 200 rebelles ceinturaient la capitale. La radio qui devait donner le coup d’envoi général à travers tout le pays n’a pas été utilisée. C’est dire que Bujumbura n’a pas connu beaucoup de victimes ce jour-là. Dans beaucoup de provinces, les soirées ont continué jusqu’à l’aube comme si rien n’était.
Par contre, à Rumonge, les tueurs n’ont pas attendu l’heure car ils ont voulu profiter de la réunion qui y était organisée pour tuer le gros de fonctionnaires de l’Etat qui étaient rassemblés dans cette rencontre. Ceux qui n’ont pas été tués sur place sont tombés dans des embuscades tendues sur leur itinéraire retour, leurs véhicules ont été brûlés par ces rebelles.
De façon générale, le 29 avril 1972, le littoral du lac Tanganyika, les secteurs de Rumonge, Bururi, Vyanda, Nyanza lac, Makamba ont été occupés par les rebelles. A Rumonge, ils ont attaqué la brigade, ils ont saccagé les ménages tuant tout tutsi sans distinction, même les arabes (commerçants) ont été tués accusés d’avoir caché les tutsis. : « Nous avons appris que des militaires, commandés par le colonel Sylvère Nzohabonayo venaient d’arriver de Bujumbura. C’était mercredi 3 mai 1972. Nous sommes sortis de notre cachette et nous nous sommes dirigés vers le bureau de la commune.», affirmait un témoin sur place. Il a fallu donc deux jours pour pouvoir dégager le littoral du lac Tanganyika ; le Président Mobutu du Zaïre aurait même envoyé des avions pour appuyer son homologue burundais, affirment certaines sources.
A Nyanza Lac, un hutu, commandant du Camp , aurait aligné tous les militaires comme s’ils allaient intervenir, puis il a commandé ‘’armes à terre’’ et a fait tuer tous les militaires tutsis sur place.
Dans Mabanda, Makamba et spécialement à Vugizo, les rebelles ont eu le temps de tuer et de consolider leurs positions. Ils plantèrent le drapeau rouge et vert de la victoire. Ils pensaient y rester car les hutu de l’intérieur du pays étaient censés les relayer dans leurs massacres. Arrivés sur les lieux, les militaires ont mené une dure bataille car, selon les témoins, les rebelles savaient mener une guérilla de savane. Certains d’entre eux avaient des armes à feu, mais la majorité avait des lances, des flèches empoisonnées et des machettes. Il a fallu cinq jours à l’armée pour maîtriser la situation.
D’autres sources disent que le camp commando de Gitega aurait été attaqué par 50 éléments venus par la route Ruyigi. Ils auraient vite été neutralisés. Deux militaires seraient morts lors de l’attaque. Une autre source dit que l’attaque dont on parle serait une façon de justifier l’assassinat du roi Ntare V qui avait été tiré du palais pour le conduire au cachot du Camp commando. Micombero qui craignait toujours le retour de la monarchie croyait que le tuer découragerait les monarchistes. Il a été effectivement exécuté dans sa cellule le 30 avril 1972 par trois balles dans le front et jeté dans une fosse commune sur la colline Nyambeho de Gitega, aux côtés des rebelles tués lors de l’attaque.
D’autres informations disent que les rebelles en provenance de la Tanzanie auraient aussi attaqué dans Ruyigi et Cankuzo, mais qu’ils ont été vite neutralisés.
Voilà grosso modo les informations recueillies sur ce qui s’est passé. Il est clair que les éléments rebelles avaient planifié l’élimination systématique des tutsis. Fort heureusement, l’exécution n’a pas été comme prévue. Personne ne connait le nombre exact de tutsis tués par ces rebelles car aucune enquête n’a été faite.
Une chose étrange s’est passée le lendemain 30 avril 1972. La radio, la Voix de la Révolution n’a pas débuté ses émissions comme d’ordinaire à 6h30. Elle est restée muette, ce qui inquiéta plus d’uns. Certains avaient même cru à une panne. C’est à 10hoo qu’elle annonça que ‘’des éléments monarchistes avaient envahi le pays en plusieurs endroits. Leur but était de libérer Ntare, qui avait d’ailleurs péri dans le combat’’
C’est dire que Micombero n’avait jusque-là compris que ce sont des rebelles qui avaient attaqué, mais avait en tête son problème avec les monarchistes.
Quand il s’est réveillé, il a commis l’irréparable. L’état d’urgence fut proclamé sur toute l’étendue du territoire. La circulation entre les provinces fut interdite; le couvre-feu décrété dans tout le pays de 18 heures à 6 heures du matin. Les provinces furent placées sous contrôle militaire ; disent certaines sources
Un conseil de guerre a été créé et a siégé furtivement. Un verdict terrible est tombé. L’exécution sommaire de tout hutu soupçonné d’être mêlé de près ou de loin aux événements.
Des arrestations ont été opérées dès le 1er mai 1972 à grande échelle dans les milieux hutu. Elles ont été suivies par des exécutions extrajudiciaires, dans la mesure où on n’a plus retrouvé la trace des personnes incarcérées à la Prison Centrale de Mpimba. Certains y ont été amenés manu militari au volant de leurs propres voitures. Ces véhicules sont restés garés là jusqu’en 1973 et ont été « vendus » plus tard, affirment des sources concordantes.
Dans les quartiers de Bujumbura, dans les écoles secondaires et sur les campus, dans les centres urbains et sur les collines de tout le pays, de nombreux hutu, commerçants, fonctionnaires, élèves et étudiants, militaires et même simples paysans furent arrêtés et tués, sans jugement.
A Bujumbura comme à l’intérieur du pays, des tutsi ont été arrêtés et exécutés aussi, dans le cadre de règlements de compte régionalistes. D’autres tutsis ont été exécutés uniquement que pour s’emparer soit de leurs maisons ou autres biens de valeurs, soit de leurs femmes
La répression a donc était ‘’sévère, très sévère’’ comme l’aurait reconnu le président Michel Micombero à un journaliste belge
URN HITAMWONEZA partage la douleur avec toutes les familles qui ont perdu les leurs, hutus comme tutsis. Nous condamnons avec la dernière énergie tous les tueurs, les planificateurs et exécutants du génocide des tutsis comme ceux qui ont tué, hutus et tutsis sans aucun jugement lors de la fameuse répression aveugle. Nous regrettons qu’aucun gouvernement n’a jusqu’ici eu le courage de faire des enquêtes pour dire aux burundais et à la communauté internationale comment les choses se sont passées, qui a fait quoi, et établir les responsabilités des uns et des autres. Ce qui aurait permis de savoir la vérité, punir les coupables et éviter que de telles actions ne se reproduisent dans notre pays.

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