Burundi: Quand et comment le Burundi serait-il doté d’une armée et d’une police réellement nationales? (quatrième partie)

Burundi: Quand et comment le Burundi serait-il doté d’une armée et d’une police réellement nationales? (quatrième partie)
Nous l’avons vu dans notre édition précédente que dans l’histoire de notre pays, il y a eu différentes tentatives de Coup d’Etat qui devraient, une fois réussis, s’accompagner de génocides de la minorité numérique tutsie par la majorité numérique hutue. Certains extrémistes hutus ne comprenaient pas pourquoi ce qui a réussi au Rwanda en 1959 ne pouvait pas se faire au Burundi. C’est pourquoi ils ont toujours tenté, jusqu’en 1972. Les planificateurs étaient toujours des militaires et politiciens, mais les exécutants étaient toujours les forces de défense et de sécurité. Pendant toute cette période, les hutus étaient plus nombreux au sein de ces forces ; certains diraient que les tutsis n’avaient pas encore d’intérêts à se faire enrôler au sein de cette institution, qui était exigeante par ailleurs, ils préféraient aller aux études pour certains, continuer l’élevage pour d’autres.
Mais, déjà avec la première République, le pouvoir de Micombero commençait à sentir une menace d’extermination des tutsis par les extrémistes hutu, parce qu’il avait déjà vu les différentes tentatives qui avaient été régulièrement déjouées. Il fallait donc une sorte de protection du pouvoir, mais aussi de cette minorité numérique tutsie. Et cela ne pouvait se faire qu’en recrutant beaucoup de soldats tutsis. Ils ont alors commence à les conscientiser et les intéresser pour qu’ils entrent au sein de ces forces, comme le faisait les hutus du temps de Mirerekano.
Avec les évènements de 1972, des témoins affirment que certains hutus qui étaient à l’armée ont même tué des militaires tutsis. Le cas le plus cité est de Misigaro qui commandait le camp Nyanzalac, qui a fait tuer ses militaires tutsis. Au cours de la répression qui a suivi le génocide des tutsis de Rumonge, Nyanza lac, Makamba et Bururi, les témoins disent aussi que les militaires hutus ont été utilisés pour tuer les civils hutus rassemblés, soit pour des réunions ou autre chose ; mais qu’après ce crime, ces militaires hutus étaient à leur tour fusillés par leurs frères d’armes tutsis.
Les pouvoirs militaires qui se sont succédés, de Micombero à Buyoya en passant par Bagaza, ont continué à recruter et à renforcer les membres des forces armées. Ce travail avait un double objectif : protéger le pays et son peuple tout en veillant à la survie de la minorité tutsie ; ensuite protéger le pouvoir et ses institutions. Et pourtant, ce sont les mêmes forces armées qui étaient utilisées pour renverser leurs pouvoirs. C’est de cette manière que les militaires se sont toujours immiscés dans la politique. Du moins au niveau des officiers, car les autres catégories étaient sollicitées au moment de la mise en œuvre des coups d’Etat.
Même s’ils évoluaient dans un système d’un parti unique, l’Uprona, les militaires de l’ancienne armée (qu’on appelle actuellement les ex fab), ne se sont jamais sentis membres de ce parti ou ayant une certaine obligation de le protéger. Ici, il faut noter que jusqu’à une certaine période, une certaine somme d’argent était retirée sur leur solde comme cotisation au sein du parti Uprona, ce qui a été arrêté à un certain moment, car ayant compris qu’ils n’ont aucune obligation envers ce parti. Pour tout dire, il y avait une catégorie d’officiers qui se mêlaient/ jouaient à la politique ; c’est avec celle-ci que se préparait les coups d’Etats. Mais, le reste de la troupe faisait un travail purement professionnel sans influence directe ou sans interférence des ordres venant des politiciens. Même si les ordres venaient d’en haut, chez le commandant suprême, ces ordres devraient suivre obligatoirement une hiérarchie bien connue pour être exécutés.
S’Il est vrai qu’au cours de tous pouvoirs militaires les hutus étaient peu nombreux par rapport aux tutsis au sein des corps de défense et de sécurité, le problème ethnique ne se posait pas jusqu’à l’arrivée du pluralisme politique au Burundi. Avec le parti Frodebu qui avait ses origines au Rwanda où ses leaders ont été inculqués d’une idéologie divisionniste, les militaires hutus ont commencé à se sentir attachés à ces leaders (pendant la campagne électorale conduisant aux élections de 1993, certains militaires hutus participaient dans les meetings en civils) qui enseignaient vouloir apporter un changement profond, en passant par les élections. Ce changement profond n’était autre que propulser un hutu au pouvoir ; en d’autres mots, réussir ce qu’ils ont toujours échoué depuis longtemps ; pourquoi pas arriver à la révolution sociale à la rwandaise en 1959. Le parti a enseigné, par la méthode de porte à porte, que les hutus, étant nombreux, doivent obligatoirement gagner les élections de 1993 ; au cas contraire, les hutus devraient tuer tous les tutsis car ils auraient ‘’volé leur victoire’’. Les élections de 1993 se sont bien déroulées, il n’y a pas eu de tricheries, et la majorité ethnique a remporté la victoire comme planifié. Une victoire qualifiée de hutue sur les tutsis. Il restait à voir comment ces leaders hutus du Frodebu, ayant enseigné les divisions ethniques, allaient gérer cette victoire car au cours de leur campagne électorale, ils proféraient des menaces de tuer les tutsis. Les termes ‘’niveau ni ugutwi’’ signifiait implicitement frapper la machette au niveau de l’oreille ; ‘’susurutsa’’ voulait dire qu’il faut bruler les maisons des tutsis. Ce terme a été utilisé après la victoire pour dire qu’il faut limoger des postes de responsabilité tous les tutsis.
Cette victoire du Frodebu sur l’Uprona, implicitement des hutus sur les tutsis (bien qu’au Frodebu il y avait des tutsis et qu’à l’Uprona il y avait des hutus), a duré le temps de la rosée. Trois mois après, les mêmes militaires, associés aux politiciens de l’Uprona, manipulèrent les forces armées pour renverser les institutions démocratiquement élues (d’autres diront ethniquement élues). Ils ont commis l’irréparable en tuant comme un vulgaire homme le président Ndadaye, qui fut enterré dans l’avant vite dans la clôture du camp Para. Il sera déterré après pour l’enterrer dignement.
Le jour de son assassinat, tous les hutus du frodebu et du palipehutu, ont barricadé toutes les routes avec des arbres coupés avec tronçonneuses, détruit des ponts pour éviter l’intervention des forces de l’ordre. Ils ont ensuite commis le génocide tel qu’il avait été préparé. Ce qui disaient que les hutus ont agi avec la petite colère pour justifier que c’était un simple massacre ne faisaient que nier le génocide. Il a été minutieusement préparé par l’enseignement de l’idéologie, la mise en place du matériel (achats et distribution des tronçonneuses, des machettes et de l’essence). Sa mise en œuvre a eu sur tout le territoire national et en même temps. Un président assassiné par un groupe de militaires ne signifie pas que c’est un crime à mettre sur le dos de tous les tutsis ; ce qui justifie que c’est un génocide qui avait été planifié, qui n’attendait qu’un déclencheur. Souvenez-vous que le génocide à grande échelle au Rwanda en 1994 a aussi été déclenché après la mort de Havyarimana
URN HITAMWONEZA regrette que les grands planificateurs de l’assassinat du président Ndadaye ne soient pas punis, seuls quelques exécutants ont été emprisonnés. Nous regrettons aussi que beaucoup de planificateurs et d’exécutants du génocide des tutsis de 1993 soient jusqu’aujourd’hui en liberté ; ce sont les mêmes qui continuent à commettre des crimes divers sous le chapeau du parti au pouvoir. Il est aussi regrettable que les militaires soient toujours utilisés par des politiciens pour arriver au pouvoir et s’y maintenir, ce qui entraine la plupart de fois des morts des citoyens innocents. Nous continuerons à crier pour que tous ceux qui ont commis de tels crimes soient un jour jugés et punis pour permettre aux restes de burundais de vivre ensemble en paix.
Demain, nous parlerons du début de la rébellion hutu en 1994 et la façon dont les corps de défense et de sécurité l’ont combattu jusqu’à l’intégration des anciens rebelles au sein de ces corps. Nous analyserons la composition et le fonctionnement des corps de défense et de sécurité actuels du Burundi pour conclure si ce sont réellement des corps professionnels ou pas.

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