Burundi: La Tanzanie serait en train de pousser le cnddfdd à exercer un pouvoir sans partage pour ses propres intérêts

Mardi le 30 juin 2020

Burundi: La Tanzanie serait en train de pousser le cnddfdd à exercer un pouvoir sans partage pour ses propres intérêts.

La Tanzanie entretient des relations particulières avec le cnddfdd depuis le temps de la rébellion. Ce n’est pas étonnant car ce pays a toujours soutenu les guerres de libération qui se sont déroulées dans la région. Beaucoup de chefs du CNDD, des FDD et plus tard du CNDD FDD ont utilisé ce territoire pour s’y réfugier, s’y entrainer, y trouver des équipements de guerre et autres ; et ceci sous la complicité des autorités locales. La Tanzanie l’a toujours nié, mais il a été remarqué sur terrain que chaque fois qu’une fois acculés par l’armée régulière du côté de l’Est du Burundi, les rebelles se repliaient vers la Tanzanie.
Pendant toutes les crises cycliques qui ont endeuillé le Burundi, la Tanzanie a toujours été une terre d’accueil des réfugiés burundais. Pas mal d’entre eux (ceux qui le veulent) ont reçu la nationalité tanzanienne.
Qu’est ce qui fait qu’aujourd’hui les réfugiés burundais qui sont dans les camps tanzaniens soient maltraités par le gouvernement tanzanien ? La réponse se trouve dans l’amélioration des relations entre le cnddfdd et le gouvernement tanzanien et spécialement le parti au pouvoir en Tanzanie le CCM. On aura remarqué des rencontres régulièrement effectuées par Evariste Ndayishimiye, l’actuel président, quand il était secrétaire général du cnddfdd, même quand il était encore à la présidence de la République. La jeunesse du cnddfdd, les imbonerakure, ont même noué des relations avec les jeunes du CCM. Ce qui prouve que ce sont ces milices imbonerakure qui se rendaient régulièrement en Tanzanie pour perturber, sous la complicité des services de sécurité tanzaniens, les réfugiés burundais qui ont fui la crise du troisième mandat illégal de Pierre Nkurunziza. Ils ont été tués de façon sélective, d’autres emprisonnés, d’autres maltraités, privés de leurs droits élémentaires de réfugiés. Les autorités tanzaniennes ne cessaient de leur dire de rentrer au pays, que la paix est totale. C’est cette même scène qui vient de se passer avec les récentes visites des autorités tanzaniennes en charge des réfugiés dans les camps de Nyarugusu et Mutenderi pour leur dire que les élections sont terminées, qu’il y a une paix totale au pays d’origine, qu’ils doivent tous rentrer au Burundi. La chanson a toujours été la même pour les autorités tanzaniennes, mais les différentes organisations humanitaires ont toujours crié, et seuls les volontaires sont rentrés, les autres sont toujours sur place malgré cette volonté des tanzaniens de les faire rentrer de force. En fait, la Tanzanie le fait ainsi sachant bien que la loi internationale en matière de réfugiés signale bel et bien qu’un refugié doit rentrer quad il sent que les conditions de sa sécurités sont bien remplies ; que ce qu’il a fui n’est plus sur place.
Or, avec l’installation d’un gouvernement dirigé par la clique militaire au pouvoir au Burundi, les réfugiés ne sont pas encore disposés à rentrer ; ils ont toujours peur pour leur sécurité. Par ailleurs, ils avaient fui les imbonerakure qui cherchaient à les tuer, et ces criminels sont toujours sur place, ils n’ont pas changé de comportement, probablement de stratégies de tuer.
Pourquoi la Tanzanie exerce-t-elle cette pression sur ces réfugiés alors qu’il sait que c’est une violation de la loi ? Pourquoi ce pays a beaucoup d’estime et d’attachement au gouvernement du cnddfdd ? D’emblée, ce n’est pas pour le bien du Burundi et des burundais, c’est pour ses intérêts propres.
En effet, les leaders tanzaniens essaient tous les moyens possibles de se rapprocher beaucoup du Burundi car ils y ont investis, surtout en carburant et en textile. Ils cherchent aussi à renforcer leur influence au sein de la SADEC en s’appuyant sur le Burundi. C’est pour cette raison que les autorités tanzaniennes sont prêtes à parrainer le Burundi pour entrer au sein de cette organisation régionale (malgré que le Burundi ait déjà reçu deux rejets de leur demande d’intégration). La Tanzanie a aussi besoin d’accès facile à la Rd congo ; et ce n’est possible qu’en ayant une facilité sur le territoire burundais et son aéroport de Bujumbura. Le sous-sol burundais, et surtout le Nichel, en abondance dans les régions de l’Est du Burundi intéresse aussi les tanzaniens. Probablement que le cnddfdd auraient accepté son exploitation par la Tanzanie en échange du matériel de guerre qu’elle aurait fourni au cnddfdd pendant la période de guerre. Aussi, comme écrit dans notre Edition numéro 41, les ports de Dar es salaam et de Kigoma, cédés pendant la période coloniale au Burundi en échange de l’actuel district de Ngara, préoccupent aussi les autorités tanzaniennes. Elles se rapprocheraient aussi des leaders actuels du Burundi pour leur faire oublier ce dossier. Rien n’exclut qu’ il y ait possibilité d’entente avec les autorités des deux pays pour partager les dividendes qui proviendraient de ces ports. Raison pour laquelle beaucoup d’observateurs estiment que les autorités tanzaniennes veulent exercer beaucoup d’influence sur le Burundi. D’aucuns pensent même que ce sont elles qui sont entrain de conseiller ou d’obliger la clique militaire au pouvoir à Gitega d’exercer un pouvoir sans partage avec les autres acteurs politiques. Ici, quand Evariste Ndayishimiye ne cesse de pointer du doigt les colons les accusant d’être à la base des problèmes burundais, les colons européens sont partis il y a 60 ans et les colons d’aujourd’hui sont lui et sa clique militaire à laquelle s’ajoute les autorités tanzaniennes.
URN HITAMWONEZA attire l’attention des burundais que les autorités tanzaniennes sont dans la logique de hutu power et que ses relations privilégiées avec le cnddfdd n’augurent rien de bien. Non seulement que ces autorités cherchent leurs intérêts au Burundi, elles conseillent la clique militaire au pouvoir d’exercer un pouvoir sans partage afin d’exclure tous ceux qui ne sont pas du cnddfdd. C’est une stratégie de les isoler et les exterminer. La Tanzanie sera tenue responsable de la violation de la loi en chassant de force les réfugiés burundais. Elle partagera aussi avec la clique militaire au Burundi la responsabilité du génocide qui pourrait suivre l’actuelle gestion calamiteuse du pouvoir.