Burundi : Les services de l’Etat ont été utilisés dans la planification et coordination du génocide des tutsis en 1993

Burundi : Les services de l’Etat ont été utilisés dans la planification et coordination du génocide des tutsis en 1993
La discrimination et la persécution sont parmi les étapes de préparation du génocide. En effet, avec l’arrivée de Melchior Ndadaye au pouvoir en 1993, il a été vite remarqué qu’il y avait un plan, que les uns appelaient vengeance des hutus sur les tutsis, mais qui était réellement un plan de génocide.
Dans pas mal de services de l’Etat, le pouvoir Frodebu a commencé à chasser les tutsis pour les remplacer par des Hutus ; ce qu’ils ont appelé « Gususurutsa ». Ce terme veut dire normalement « chauffer ». Sa signification profonde sera donc connue lors du déroulement proprement dit du génocide car «  chauffer » signifiera bruler les maisons des tutsis et tout ce qu’il y a, les humains comme les biens.
Le pouvoir Frodebu a alors installé dans tout le pays son administration, du gouverneur au chef de zone et colline ; limogeant ainsi toute l’administration Uprona ( tutie). Tous les services clés de l’Etat et les grands projets ont été confiés aux hutus militants du Frodebu
Lors du génocide de 1993, les enquêtes faites montrent que partout, le gouverneur, les administrateurs ont coordonné l’exécution de ce génocide
Le 21 octobre 1993, le gouverneur Karuzi, ses conseillers et les différents administrateurs communaux ont parcouru toute la province pour mettre en place la machine à tuer.
Dans la commune de Bugenyuzi par exemple, un témoin parle de la chronologie de ces massacres.
‘’ Les massacres ont commencé dès le 21 octobre le matin sous les ordres directs du gouverneur, Jean Pierre Hangayika. A la fin de la journée du 21 octobre, ils avaient déjà tué tellement de Tutsis que Jean Pierre Hangayika lui-même et l’Administrateur Ntahimpera Gaspard ont ordonné d’amener tous les autres à la rivière Ndurumu pour les jeter dedans parce qu’il n’y avait plus de place dans les fosses communes de Bugenyuzi.
(Ntahimpera se trouvera plus loin sur la liste des prisonniers qui menaceront de dénoncer l’organisation du génocide contre les Tutsis par le Frodebu, s’ils ne sortent pas de la prison).
J.P. Hangayika a présidé les tueries jusqu’au 24 octobre sans discontinuer. Il était partout accompagné de l’Administrateur communal de Bugenyuzi, qui avait donné le coup d’envoi en recherchant et en rassemblant tous les Tutsis, en particulier les hommes. Il était aussi avec le Directeur des écoles primaires de Bugenyuzi, Ndabadugaritse Claver… Le 24 octobre, J.P. Hangayika a donné ordre partout dans la commune de tuer les Tutsis et de n’épargner personne, même les petits enfants, jusqu’au fœtus en disant que « l’œuf d’un serpent est aussi un serpent ». Il a annoncé cela à Bugenyuzi en allant chercher le peu qui avait réussi à se cacher dans les maisons des prêtres de la paroisse… C’est alors qu’on a massacré tous les enfants et toutes les vieilles femmes qui étaient restés. Après le 24 octobre, les tueurs ont traqué les quelques rares rescapés Tutsis et les ont tués un à un ou par groupes. C’est ainsi que tous les enfants tutsis de sexe masculin qui étaient restés cachés chez les prêtres de la paroisse ont été tués par petits groupes jusqu’au lundi 25 octobre. A partir de cette date, il ne restait plus que quelques filles. Celles-là ont commencé à vivre un autre enfer. Elles avaient assisté au massacre de leurs parents, de leurs frères, et elles étaient soumises tous les jours à la torture par les tueurs qui venaient les chercher pour les tuer. Les choses sont restées ainsi pendant trois semaines et demie jusqu’à l’arrivée des militaires. Il est à noter que les militaires ne sont arrivés à Bugenyuzi que le 12 novembre, trois semaines après le déclenchement des massacres. C’est la raison pour laquelle ils n’ont même pas pu limiter les dégâts et que la quasi-totalité des Tutsis de la commune a été massacrée ».
Ce témoignage montre combien le génocide a été préparé et exécuté par les services de l’Etat. Que ce soit l’ancien gouverneur, ou l’administrateur, tous sont encore en vie et sont libres. URN HITAMWONEZA voudrait leur signifier que, eux comme les autres criminels, devront tôt ou tard répondre de leurs actes n’importe où ils seront ( on sait où ils sont aujourd’hui).
Dans nos prochaines éditions, nous vous proposerons les noms des victimes (elles sont nombreuses) et de leurs bourreaux